Cercle interreligieux :  Textes et articles

DOCUMENTS D'ARCHIVES

Diversité Culturelle, Religieuse et spirituelle :

chance ou menace pour la cité ?

Propos d'Amir M. Maasoumi, conférencier invité au Forum

sur Le Nouveau Pluralisme Au Québec, 15-17 mai 2003,

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Au lendemain de la publication, ce 12 mai, des Statistiques sur la diversité religieuse au Québec, nous sommes confrontés une fois de plus à une réalité dont la tragédie du 11 septembre, qui a bousculé le monde entier, nous a donné l’excellente occasion de prendre conscience.

Derrière les chiffres publiés et au-delà des analyses techniques, voire alarmistes, sur la croissance ou décroissance numérique d’une communauté ou de l'autre, ces données nous révèlent une présence marquée des religions dans l’espace public, surtout celles que nous avons l’habitude de côtoyer. Cela nous amène à l'inévitable question des rapports entre culture et religions, entre laïcité ouverte et citoyenneté et surtout à celle de la place ainsi que la gestion des religions dans l'espace public. En d'autres mots, comment peut-on, dans notre société moderne d'aujourd’hui, être citoyen à part entière dans le respect de la différence, particulièrement le respect de la différence confessionnelle ?

Pas un jour ne se passe sans qu'on constate l'impact direct ou indirect des différentes traditions religieuses dans l'actualité culturelle, éducative, artistique ou politique. Nous sommes au courant de l'affaire du kirpan, des controverses autour de la synagogue d'Outremont et du lieu de culte Ismaïlien, ainsi que du besoin d'un lieu de prière pour les étudiants musulmans à la Polytechnique...

Il y a aussi les difficultés générées par certaines interventions policières, celles de la Protection de la Jeunesse et d’autres institutions, ainsi que les problèmes involontairement provoqués par l'ingérence du système juridique ou même des écoles dans des affaires considérées par certains groupes religieux ou culturels comme privées et hors-limites pour l'état et ses instances; sans parler de la nécessité pour les hôpitaux et autres services publics de s'adapter aux sensibilités de plus en plus manifestes des différentes communautés.

En dépit de la résistance de certains secteurs de la société à admettre cette nouvelle réalité, ce phénomène est bien présent; à tel point que les intervenants sur le terrain de même que les responsables de certains paliers de gouvernement en prennent de plus en plus conscience et se sentent interpellés. Ce qui est dramatique dans ce contexte, c'est le manque criant de ressources ainsi que l’absence d’une politique cohérente permettant d’éviter l'apparence d’injustice et l'impression qu'on applique la loi selon deux poids deux mesures à l’endroit de certaines communautés.

Dans le contexte d’une réalité en mouvement, suite à la déconfessionalisation tous azimuts résultant de la réaction sociale à une situation particulière enclenchée par la révolution tranquille, peut-être y a-t-il lieu de remettre en question notre perception de la religion et de son rôle dans la cité!

Dans ce contexte de nouveau pluralisme culturel, spirituel et religieux, où la compréhension de l'autre est devenue l’exigence inéluctable de notre propre compréhension, une redéfinition des rapports entre identité, citoyenneté, culture et religion ne semble-t-elle pas indispensable?

Là où l’ailleurs est devenu plus près que l’on pense, et l’autre désormais moins étranger et étrange que l’on croit mais bien plutôt partie constituante de nous, il nous apparaît impératif de revoir nos rapports avec la religion. En fait, la question fondamentale qui se pose dans la nouvelle réalité de nos grandes métropoles est de préserver, voire consolider de manière durable les acquis modernes de la société civile en même temps que notre paix sociale, culturelle, confessionnelle, ethnique. Et en même temps d'assurer chance égale à tous afin d'obtenir la pleine participation de tous les citoyens en tant que membres à part entière et responsables dans l’édification d’une communauté de destin? Est-ce que la conception actuelle de la culture dénuée de substance religieuse et spirituelle et notre compréhension singulière de la religion comme l'héritage d’une époque révolue sont en mesure de nous permettre de préserver nos atouts au niveau du respect de la différence? Et aussi de les approfondir à l'échelle locale et internationale?

Pour inciter à réfléchir à ce phénomène, le Centre de Spiritualités et Religions de Montréal (CSRM) a organisé en mai 2003 un forum de 3 jours. Un grand nombre de spécialistes, chercheurs, universitaires, intervenants de divers milieux, représentants de ministères, de la Ville de Montréal ainsi que de Marseille (France), ont pris part à ce Forum, qui donna l'occasion de poser des questions, de prendre conscience des problèmes, de s'ouvrir envers l'autre, et d'identifier de nouvelles pistes éventuelles d’orientation.

Les implications de la présence à ce forum de citoyens appartenant à divers horizons culturels, confessionnels et ethniques sont incommensurables. Sommes-nous préparés à faire face à cette réalité, ses exigences et ses inévitables répercussions dans l’espace public?

( Une version abrégée de ce texte, La question de l'identité religieuse, a été publiée dans la revue Nouveau Dialogue, N" 145, juin/juillet 2003. )

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